samedi 16 avril 2016

Palavas



Quand nos visiteurs venus du Nord ou de l'Est veulent voir la mer Méditerranée, nous les emmenons généralement à la station balnéaire la plus proche de Lattes, à savoir Palavas-les-Flots.

Le site internet de la mairie de Palavas donne quelques indications à connaître sur  cette ville assez spéciale: d'abord que son nom vient du latin Palus Avis, qui signifie l'oiseau des marais. Ensuite que c'est une ville de 6.000 habitants, qui s'étend sur une langue de terre entre les étangs et la mer, et qui présente 7 km de plages le long de la Méditerranée. Depuis 1924, Palavas est classée station balnéaire et climatique.

Son personnage célèbre et emblématique est le dessinateur Dubout, vous savez celui qui dessine toujours des femmes grandes et grosses accompagnées de maris petits et maigres. Il n'est cependant ni né ni mort dans cette ville, mais en avait simplement fait dans les années 60 sa résidence secondaire.


Il a notamment caricaturé le petit train qui reliait Montpellier à Palavas depuis 1872. Il y a pour les nostalgiques des dessins de Dubout (mort en 1976) un musée  qui lui est consacré à Palavas. On peut noter d'ailleurs que l'une des plus grandes artères de Montpellier est aussi appelée avenue Albert Dubout, ce qui semble en faire un personnage aussi considérable que Jean Mermoz ou Albert Einstein !


Aucun train ne relie plus aujourd'hui Montpellier à Palavas. Il reste uniquement un petit train touristique qui parcourt la station balnéaire proprement dite. Pour relier Palavas à Montpellier, il y a un bus, la ligne 131,  qui circule entre Palavas et le rond point du Près d'Arènes  où passe le tram 4 à la station Garcia Lorca. Mais attention, ce bus ne fait pas partie du réseau TAM qui dessert l'agglomération de Montpellier. Il fait partie d'un réseau Hérault Transport et il faut acheter des billets spécifiques dans le bus.

Cette situation est due au fait qu'en 2005 Palavas-les-Flots a quitté la communauté d'agglomération de Montpellier, et ne fait aujourd'hui pas partie de Montpellier Méditerranée Métropole, ce qui fait qu'elle ne bénéficiera sans doute jamais d'une extension du tram comme l'explique un article des Echos, ni d'une desserte par les services de la TAM. Palavas-les Flots fait partie d'une communauté d'agglomération Pays de l'Or qui s'est organisée à côté et un peu en opposition à celle de Montpellier.

Pour les habitants de Lattes, ce bus n'est d'ailleurs pas opérant, car il ne s'arrête pas dans notre commune, et se rendre à la station Garcia Lorca en voiture serait aussi long que d'aller directement à Palavas.


Nous y allons donc en vélo ou en voiture. J'avais évoqué en janvier dernier la piste cyclable qui traverse l'espace  protégé du Méjean, et précisé en février qu'il fallait éviter de le faire quand souffle la tramontane. Ces derniers temps, nous y sommes plusieurs fois allés en voiture avec nos visiteurs.


Le trajet estimé par Google Maps est de 9 km par la RD 986 dite route de Palavas, une route à 2x2 voies qui relie Montpellier à Palavas-les-Flots en passant par Lattes. En temps normal on met 10 minutes, mais c'est une route parfois encombrée et alors le temps de trajet peut monter facilement jusqu'à 30 mn.


Dimanche dernier nous avons vécu une autre difficulté, interne à la station: il y avait un défilé de chars pour un carnaval assez décalé par son calendrier (après Pâques !) et son thème: les Popinos revisitent les insectes. Cela nous a bloqués dans notre voiture une bonne vingtaine de minutes dans une rue de Palavas sans pouvoir ni avancer ni reculer.


Quand tout va bien on arrive dans la ville par la RD 986, et là il y a une chose importante à savoir: la ville est coupée en 2 par le Lez canalisé, et il y a donc Palavas Rive Droite et Palavas Rive Gauche. Dans la ville il n'y a que 2 ponts pour passer d'un côté à l'autre: le premier est le pont sur la RD 62E2 tout de suite au premier grand rond-point à l’entrée de la ville, et ensuite une fois qu'on est dans le centre-ville  il n'y a plus que le pont qui relie le début des quais Georges Clemenceau et Paul Cuncq, les plus animés de la ville.


Pour les piétons, mais seulement certains jours, existe aussi un télésiège à l'extrémité des quais. Certains considèrent qu'il s'agit du plus court télésiège du monde !


Une fois arrivé à Palavas-les-Flots, il faut arriver à stationner. Il y a beaucoup de parkings et de places de stationnement tout au long du bord de mer. La ville indique qu'il y a 2.600 places. Aucune de ces places ne semble payante, et il y a seulement quelques secteurs commerciaux de zone bleue où le stationnement est limité à une demi-heure. Pour l'instant notre expérience est donc très binaire: soit la ville est calme et on trouve très facilement des places, même en bord de mer, soit c'est un jour de grosse affluence, pendant des vacances ou des jours fériés, ou comme dimanche dernier pendant le carnaval, et on n'en trouve aucune nulle part.


Nous sommes évidemment encore en phase de découverte de cette station balnéaire. Pour l'instant nous avons observé que la rive droite était principalement le siège du port de plaisance. C'est une promenade assez intéressante. On trouve aussi, au bout de cette rive droite, en arrivant sur le quai du Lez, le Casino de Palavas qui nous a servi de point de repère et de rendez-vous assez commode.


La rive gauche offre un front de mer plus classique sur des plages. Ce n'est évidemment pas la croisette de Cannes ou la promenade des Anglais de Nice, mais une station balnéaire plutôt populaire et familiale.


Un curieux règlement municipal se croit obligé de préciser que les narguilés y sont interdits.


Nous avons eu une expérience gastronomique de qualité au restaurant La Banane qui se situe tout au bout de la plage de la rive gauche. C'est un restaurant de poissons où l'on vous présente les arrivages du jour sur un plateau et on vous les prépare ensuite à la plancha, en les facturant au poids. Nous avons mangé à quatre un turbot entier de 1.600 kg, au désespoir du serveur qui trouvait que cela ferait des portions trop petites. Je ne sais pas si les convives trouvaient les portions trop petites, mais nous les avons tous trouvées délicieuses. Toujours est-il que  l'addition, elle, ne l'était pas - trop petite -  et l'attente pour la préparation du poisson non plus.


Pour manger des glaces, nous nous sommes arrêtés chez le glacier Catalan, au bout du quai de la rive gauche. Là on vous sert des coupes glacées énormes et très goûteuses.


Un autre point fort qu'il ne faut pas manquer le matin sur les deux rives du canal est la vente de poissons frais du jour, vendus devant les bateaux de pêche. Cela sent bon la mer et le poisson, et c'est tout frais. Si on vient en vélo, il faut cependant faire mieux que nous, qui n'avions aucun panier pour le transporter.


Enfin, on peut mentionner le Phare de la Méditerranée, qui est le monument de Palavas-les-Flots qui se voit de loin, même depuis l'espace du Méjean. C'est en fait un ancien château d'eau qui a été transformé en tour d’observation. Haute de 48 m, on peut franchir ses 10 étages par un ascenseur payant ou aller au restaurant panoramique situé au-dessus. En bas du phare se trouve l'office du tourisme, et parfois on peut y voir des expositions.

Allez, encore une de Dubout pour finir:




mardi 12 avril 2016

Footing

A Paris, j'avais l'habitude de faire un footing dans le bois de Boulogne en courant sur le chemin de ceinture du lac inférieur (le grand lac). Un tour faisant environ 2.500 m j'en faisais entre 1 et 5 à chaque fois, selon ma forme, le plus souvent trois en environ une heure.

J'ai retrouvé une boucle analogue à Lattes. Elle fait 2.300 m d'après l'application free pedometer sur iphone qui me permet de mesurer la distance parcourue. Je peux donc à nouveau doser mon effort en faisant entre 1 et 5 tours par séance.



Il s'agit du sentier de la cigogne blanche. Je le rejoins derrière le musée archéologique Henri Prades dans la zone agricole et naturelle qui s'appelait autrefois la prairie du Roi, et maintenant  "le domaine Saint Sauveur". Elle sépare la partie urbanisée de la ville de Lattes de la maison de la Nature et du site naturel protégé du Méjean. J'ai évoqué le site du Méjean dans un précédent article.













Un panneau rencontré plus loin indique que le sentier fait 6 km au total, mais je ne fais que la première boucle qui reste dans la zone dite domaine de Saint Sauveur, sans aller jusqu'à la maison de la nature ni dans l'espace protégé. Ma boucle fait bien les 2.300 m mesurés par pedometer.











On peut aussi étudier avec pas mal de détails ce sentier sur le geoportail d'IGN.


On peut remarquer que sur certaines cartographies angle-saxonnes, la première partie de mon circuit est appelée le sentier Saint Sauveur, par exemple sur BBBike ou cartogiraffe, et le sentier de la cigogne est son prolongement vers la maison de la nature.




Je pars donc depuis la RD 132, dite route de Pérols.

On passe ensuite entre deux petits cours d'eau, sans doute des roubines, petits canaux qui existent depuis des siècles pour drainer et dessaler les sols de cette région.











Le niveau d'eau dans les roubines est géré par de petits barrages qu'on appelle des martellières.



La roubine que je longe est bordée d'un magnifique alignement de platanes, régulièrement espacés. Certains semblent tellement vieux, creux, tourmentés, qu'on se demande comment ils peuvent encore être vivaces. Pourtant ils ont tous des branches jeunes et des feuilles.


Au bout d'un moment, disons après environ 600 m, il faut tourner à droite dans un petit chemin qui est cette fois bordé de platanes des deux côtés, et toujours encadré par des cours d'eau. Le Conservatoire du Littoral, qui gère l'espace protégé du Méjean, utilise ces cours d'eau et ces sentiers pour canaliser l'arrivée  du public sur l'espace du Méjean, sans avoir besoin de mettre des barrières ou des grilles. L'espace naturel semble donc très ouvert, mais n'est en fait accessible que par des sentiers bien délimités.



Quand on arrive à l'embranchement qui mène vers l'espace protégé, après environ 600 nouveaux mètres, il y a quand même une sorte de porte, avec des panneaux explicatifs sur le Méjean. Il est amusant de noter que les auteurs du panneau ont du corriger au typex blanc la flèche indiquant "Vous êtes ici".








Ma boucle de footing évite d'aller vers la maison de la Nature et continue à droite, en longeant les premières habitations du Sud de Lattes. On court cependant toujours dans la nature, au bord d'un ruisseau (ou roubine ?) où l'eau stagne un peu (attention aux moustiques en été), et où je croise souvent un couple de hérons blancs et des élevages de chevaux.


On passe l'imposant Mas de Prévost.




Ayant pris récemment en photos l'un de ces hérons blancs, j'ai pu faire une recherche sur internet et découvrir qu'il s'agit bien de l'espèce appelée communément "héron blanc de Camargue", mais plus scientifiquement l'aigrette garzette, comme on le voit sur le beau site de Joe Photographie. Celui que j'ai pris en photo mi -avril avait les 2 fines plumes qui caractérisent le mâle pendant la période nuptiale.

Encore 600 m plus loin, on arrive au bord du site archéologique, et notamment un lieu où les archéologues reconstituent un habitat protohistorique gaulois en terre. Le chantier n'est pas ouvert au public en hiver, mais on peu entrevoir l'aspect extérieur des habitations et s’inscrire pour une visite guidée en été.









Enfin on retrouve la route de Pérols, c'est-à-dire la RD 132, soit pour enchaîner une nouvelle boucle, soit pour arrêter le footing et rentrer à la maison qui n'est qu'à 300 m à pieds de ce point.









C'est donc plus facile qu'à Puteaux, où je devais prendre la voiture pour aller faire un footing, la sortir d'un garage assez compliqué à manœuvrer, rouler jusqu'au lac sans prendre de PV (cela m'est arrivé une fois pour avoir démarré trop rôt à un feu rouge!), se garer, et rentrer avec les mêmes difficultés. Si je faisais 1 h de footing, cela rajoutait au moins une demi-heure de trajet en voiture.






A Lattes, il n'y a aucun souci de ce genre.



En outre, on croise moins de monde qu'autour du bois de Boulogne, où il fallait faire attention à toutes les promenades familiales, avec des enfants qui font du tricycle ou jouent au ballon sur la route, si on venait le week-end, et aussi parfois contourner la fête foraine dite fête à Neu-Neu qui bloquait le circuit habituel. Ici, je n'ai rencontré que quelques rares promeneurs, et parfois un cavalier, ce qui oblige quand même à faire attention aux crottes de cheval.



samedi 2 avril 2016

Pélardon


Nous sommes d'assez gros mangeurs de fromages. Aussi nous sommes-nous intéressés dès notre arrivée dans le Languedoc au pélardon, le plus renommé des fromage  des Cévennes.



Pour le novice le pélardon ressemble à d'autres petits fromages de chèvre au lait cru comme les différentes variétés de cabécous,  dont le plus célèbre est le Rocamadour, mais il ne faut surtout pas confondre, car le pélardon est une appellation spécifique qui bénéficie d'une double protection:


C'est d'abord une AOC, appellation d'origine contrôlée depuis un décret d'août 2000 qui protège l'appellation en France.  C'est ensuite une AOP appellation d'origine protégée, label européen qui étend  la protection de l'appellation  dans toute l'Union Européenne. L'AOP a été obtenue le 9 décembre 2001 par le règlement d'exécution 1298/2011 de la commission européenne.

Le site du syndicat des producteurs de pélardon  décrit en détail les différentes spécifications propres au pélardon.

Il s'agit d'abord de la zone de production qui est strictement délimitée:


On voit que nous ne pourrions pas nous lancer dans la production de pélardon à Lattes, mais que la zone de production descend jusqu'aux abords septentrionaux de Montpellier.

Il faut ensuite respecter toute une série de prescriptions relatives à la fabrication:


Cela commence par le pâturage: les chèvres sortent au moins 210 jours par an, et chaque chèvre bénéficie en moyenne au moins de 2.000 m² de prés, sous les châtaigniers ou dans différentes formes de landes et garrigues pour s'ébattre et trouver sa nourriture.


Les chèvres sont de race sélectionnée: Saanen, Alpine, Rove ou issues de croisements de ces races. Elles produisent chacune en moyenne 500 litres de lait par an, avec des pointes à 1000.


Le lait cru ne subit aucun traitement thermique, ni a fortiori de congélation. Il est caillé en utilisant des ferments provenant des lactations précédentes, conservant ainsi la flore bactérienne et ses spécificités aromatiques. Puis il est moulé à la louche et égoutté pour lui donner sa texture et sa forme. Il est affiné au moins 11 jours dans des conditions de température et d'hygrométrie contrôlées, période pendant laquelle il est retourné tous les 2 jours.

On trouve une fiche technique sur ces spécifiques sur le site de l'INAO qui contrôle les appellations d'origine en France. Un dossier très complet sur le pélardon est aussi publié sur le site de la gazette de Montpellier qui souligne que le pélardon est un miracle à la cévenole, que l'on doit principalement aux soixante-huitards qui l'ont relancé en allant élever des chèvres dans les Cévennes, ou sur wikipedia.

Le pélardon se déguste principalement de février à octobre, période de lactation des chèvres. On peut cependant encore en trouver parfois jusqu'à Noël, mais il est alors moins de saison. Selon la période de l'année et l'affinage, il est d'abord crémeux, puis demi-sec, et enfin sec. Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici l'éditorial du chef cuisinier Anne Majourel, qui décrit les différentes saveurs du Pélardon au long de l'année:

La documentation sur le pélardon fait apparaître quelques éléments historiques:

Pline l'Ancien semble citer un fromage "Le Péraldou" estimé pour sa saveur piquante. Il précise d'ailleurs dans le livre XI de l'histoire naturelle:

Le fromage le plus estimé à Rome, où l'on juge en présence l'une de l'autre les productions de tous les pays, est, parmi les fromages des provinces, celui qui provient de la contrée de Nîmes, de la Lozère et du Gévaudan ; mais le mérite en dure peu, et il ne vaut que tant qu'il est frais.

L'Abbé Boissier de Sauvages donne dans son dictionnaire languedocien/français de 1756 une définition du « Péraldou ». Le « Péraldou »  est également décrit dans le dictionnaire de Frédéric Mistral, Lou Tresor dóu Felibrige, publié en 1878, avec ses différents synonymes:



Enfin pour relever encore le niveau culturel de ce blog, on peut mentionner le livre de Charles Exbrayat, l'Honneur de Barberine, dont a été tiré un téléfilm. L'intrigue se passe dans un village des Cévennes où deux familles de producteurs de pélardon se font une vive concurrence...




Pour notre part, nous achetons le pélardon principalement à la fromagerie Saint Joseph de la place Jacques Aragon à Lattes, dirigée par Anna-Maria Rosset-Lanchet.


Il provient du Mas de la Courme à Saint Bénézet, une petite commune  dans le Gard, à mi-chemin entre Alès et Nîmes. Le producteur, Mathieu Rio, y a repris en 2004 une chèvrerie communale et y produit notamment le fameux pélardon selon les règles de l'art AOP. Il a un site internet  et est même présent sur Facebook.


On peut juste remarquer que quand le Midi Libre publie des photos d'un groupe qui visite sa chèvrerie, les chèvres semblent un peu entassées dans des cageots, loin de gambader dans les verts pâturages du "massif des Lens" sous les chênes verts, blancs, kermesse et autres arbousiers. C'est sans doute que les visites se font essentiellement pendant les 145 jours par an où l'AOP permet de les garder à l'intérieur...


En tous cas ses petits pélardon ont le bon goût du lait cru de chèvre, rehaussé par les plantes aromatiques des Cévennes. Inutile de dire qu'ils ne traînent pas longtemps sur notre plateau de fromages.