mardi 26 juillet 2016

Vins du Languedoc


Quand on circule dans la région de Montpellier, on est frappé par l'omniprésence des vignobles. On en rencontre même au bord de mer, par exemple autour de la cathédrale de Maguelone, et quelques parcelles sont plantées de vignes dans la commune de Lattes. D'ailleurs dans la paroisse de L'Eglise Protestante Unie de Montpellier, le secteur qui englobe Lattes s'appelle "Mer et Vignes". Quand on se dirige au nord de Montpellier, comme je l'ai fait début juillet pour aller vers Alès, on en voit aussi partout au bord de la route, même dans les parcelles de terre les plus ingrates. Et bien sûr, les vignobles s'épanouissent dans les contreforts des Cévennes, par exemple au pied du Pic Saint Loup.

C'est manifestement la principale ressource agricole de la région, et - à part l'élevage dans la montagne - elle ne laisse guère de place à d'autres productions, sauf quelques cultures maraîchères ou arbres fruitiers. Cette impression est confirmée par la cartographie du ministère de l'agriculture, qui montre combien les départements de l'Hérault et de l'Aude sont essentiellement viticoles.



Pourtant, historiquement les vins du Languedoc n'ont pas toujours été florissants et ont connu maints problèmes, même s'il semble que le vignoble ait existé depuis l'antiquité dans la région. Il avait notamment justifié la création d'un port à Lattes (ancienne Lattara) par les Etrusques, puis au Moyen-âge à Villeneuve-les-Maguelone pour effectuer le commerce du vin. En fait selon wikipedia, le plus ancien vin régional est un mousseux, la blanquette de Limoux, produite près de Carcassonne. Tite-Live aurait déjà vanté «l'aspect fort avenant des vins blancs de Limoux».


Jusque vers les années 1980, les vins du Languedoc avaient une réputation de mauvaise qualité. C'était des vins de table assez bas de gamme, à l'exception peut-être des muscats de Frontignan, Lunel ou Mireval (sans oublier Saint Jean de Minervois) qui produisent un vin doux naturel apprécié, à l'apéritif ou avec les desserts. Certains les trouvent trop sucrés. Mon problème avec les muscats est surtout de pouvoir les boire suffisamment frais quand il fait chaud l'été. Or les puristes refusent encore d'y mettre des glaçons pour ne pas diluer le vin. Il faudrait donc le garder toujours au frigo pour pouvoir le servir frais, ce qui n'est pas très réaliste quand on n'en boit qu'occasionnellement. Chez nous donc on ne s'interdit donc pas les glaçons dans le muscat.



Le développement massif du vignoble de la région date notamment de l'arrivée en Languedoc du chemin de fer au milieu du XIXème siècle, qui a permis d'inonder tout le marché français de vins de table à bas prix. Mais dès 1863 le phylloxera a failli être fatal à ce vignoble, après le mildiou et l'oïdium. On trouve devant le temple protestant de Montpellier, à côté de la gare Saint Roch, le square Planchon, du nom d'un botaniste montpelliérain Jules Emile Planchon, qui en greffant des ceps importés d'Amérique a réussi à lutter contre ces parasites et à sauver la viticulture régionale.



Il est généralement convenu que dans la dernière partie du XXème siècle, après les années 1980, et après plusieurs crises de surproduction et la concurrence des vins "en provenance de divers pays de la communauté européenne", de grands efforts de qualité ont été faits dans le vignoble du Languedoc-Roussillon, ce qui a nettement revalorisé ces vins et leur image, jusqu'à permettre la définition de plusieurs AOC. Aujourd'hui, il semble que la région des vins du Languedoc soit la première de France pour la production et l'exportation, comme l'indique le magazine Capital.



En fait il est assez difficile de s'y retrouver dans les diverses appellations des vins de Languedoc-Roussillon, qui évoluent en outre constamment depuis quelques années, et malgré des recherches approfondies, je n'ai pas vraiment réussi à me faire un tableau complet des appellations viticoles régionales.



On pourra se référer au site du Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc pour avoir un aperçu, sachant qu'il existe bien d'autres sites qui présentent la situation assez différemment, par exemple le Guide des Vins du Figaro ou le Dico du Vin. Un seul exemple de ce flou: le CIVL distingue 23 appellations d'Origine Contrôlée (AOC) dans sa rubrique "Grands Vins", le Figaro en liste 34 mais en distinguant toutes les sous-appellations de l'AOC Languedoc, le Dico du Vin en distingue 36, sans dire clairement si cela inclut ou non l'AOC générique Languedoc.

En gros, je comprends que les AOC du Languedoc peuvent être classés dans les catégories suivantes:


Les vins doux naturels: ce sont les 4 AOC de Muscat déjà citées, pour 3 d'entre eux (Frontignan, Mireval et Lunel) produits dans l'Hérault près de Montpellier, le quatrième, Saint Jean de Minervois, étant un peu plus loin, à la limite du Haut Languedoc. A noter que le muscat de Rivesaltes n'est pas considéré comme un vin du Languedoc, mais comme un vin du Roussillon, comme tous les Rivesaltes.


Les vins effervescents: ce sont des vins de Limoux, produits au Sud de Carcassonne, typiquement la blanquette de Limoux.


Les vins dits tranquilles, rouges, rosés ou blancs qui ont soit une AOC spécifique qui garantit leur production sur un territoire donné, soit une AOC générique dite l'AOC Languedoc (anciennement Coteaux du Languedoc) qui regroupe différents territoires. Pour compliquer un peu les choses, les vins de l'AOC Languedoc peuvent parfois compléter cette appellation par leur lieu de production, ce qui en fait quasiment des AOC distinctes, tout en étant régies par le cahier des charges commun fixé par décret.



Parmi les AOC bénéficiant d'un classement AOC propre, on trouve notamment les appellations suivantes: AOC Corbières, AOC Corbières-Boutenac, AOC Faugères , AOC La Clape , AOC Cabardès , AOC Clairette du Languedoc , AOC Fitou, AOC Malepère, AOC Minervois , AOC Minervois-La Livinière , AOC Saint-Chinian , (avec ses variantes Saint-Chinian Berlou et Saint-Chinian Roquebrun), AOC Terrasses du Larzac, AOC Picpoul de Pinet. Les deux dernières citées ont pris très récemment leur autonomie par rapport à l'AOC Languedoc.



L'AOC Languedoc, qui est donc une AOC générique regroupant un certain nombre de vins assez différents, est régie par un décret du 30 avril 2007 créant l'appellation Languedoc, et modifiant le décret du 24 décembre 1985 qui définissait l'AOC des Vins des Coteaux du Languedoc. A la lecture de ces décrets, je crois comprendre que l'appellation AOC Languedoc concerne maintenant en fait seulement des vins rouges et rosés.



Les indications géographiques complémentaires qui permettent de distinguer certains vins parmi tous ceux de cette AOC sont notamment : Cabrières, Grés de Montpellier, La Méjanelle, Montpeyroux, Pézenas, Pic Saint Loup, Quatourze, Saint-Christol, Saint-Drézéry, Saint-Georges-d’Orques, Saint-Saturnin, Sommières.



En dehors de ces AOC ou (AOP selon une terminologie européenne), on trouve naturellement tous les autres vins, qui ne sont pas AOC car ne correspondent pas à une aire géographique protégée ou ne respectent pas le cahier des charges correspondant, et qui sont généralement appelés Vins de Pays. Ainsi dans certaines appellations, comme l'AOC Languedoc-Pic Saint Loup, les vins rouges et rosés bénéficient de l'AOC, mais le blanc est considéré comme un simple vin de pays. Cela ne veut pas dire qu'il soit moins bon, au contraire. Mes premières dégustations oenologiques m'amènent à penser que les vins blancs de cette région, notamment les vins de certains cépages, sont souvent très bons, alors que les rouges ne peuvent pas vraiment se comparer à un bon Bordeaux ou Bourgogne!



L'un des meilleurs rouges que j'ai goûtés dans la région, reste le Fusionel (sic) servi au restaurant Tête à Tête de Lattes. Il fait partie de l'appellation Faugères qui est donc une AOC qui mérite notre intérêt.



Heureusement pour s'orienter à travers ces complexités théoriques, nous avons une superbe infrastructure à Lattes, appelée le Mas de Saporta. C'est un grand complexe consacré aux vins de l'AOC Languedoc, la Maison des Vins de Languedoc.



Les viticulteurs y trouvent différents services professionnels, par exemple pour la formation ou pour organiser des séminaires, et le grand public y trouve surtout un restaurant et une grande boutique viticole où les vendeurs prodiguent des conseils utiles.



En outre pendant l'été, tous les mardis soirs, s'y déroulent les Estivales du Mas de Saporta: c'est une sorte de grande soirée conviviale avec quelques animations musicales, autour d'un certain nombre de stands de dégustation de vin, et de stands proposant des produits cuisinés régionaux.


A l'entrée on paie 5€, on reçoit alors un verre (vide) et 2 tickets pour remplir deux fois le verre de vin. (2 verres, ça va ?). Mais avant de le faire remplir, on peut déguster à volonté (en petites quantités) chez les différents producteurs pour comparer les vins et choisir les deux qu'on boira en échange de l'un des tickets. Et tout cela peut être accompagné d'assiettes et de petits plats régionaux, du genre huîtres de Bouzigues, charcuterie des Cévennes, Pélardons, miel, pain de campagne, olives et huiles d’olive, tapenade... proposés par leurs producteurs à des prix plutôt modérés. L'un des stands qui a le plus de succès propose des beignets d'oignons, faits avec des oignons doux de Valleraugue, encore un produit AOC.



Ces estivales attirent à Lattes un public très nombreux. Attention seulement à l'accès par la route de Palavas (RD 986) où les travaux de doublement autoroutier et de contournement ferroviaire compliquent les choses, et rendent la signalisation un peu déficiente. Il faut bien viser entre les multiples échangeurs et giratoires la première fois qu'on y va.



En définitive, nous n'allons certes pas nous constituer une cave avec les vins du Languedoc, mais en consommer occasionnellement pour accompagner - avec modération - nos repas les plus élaborés. Jusqu'ici nous avons apprécié les muscats à l'apéritif (en se permettant d'y mettre des glaçons quand il fait chaud), un vin rouge au restaurant (le Fusionel qui est un des grands vins de l’appellation Faugères), certains rosés pour accompagner les barbecues (bien que de façon générale je ne sois pas un grand amateur de vins rosés), notamment celui du Pic Saint Loup de l'appellation AOC Languedoc, et pas mal de vins blancs - la plupart sans appellation - surtout quand ils proviennent de cépages Chardonnay, par exemple celui qui est produit au CAT de Maguelone. Une mention spéciale pour le Picpoul de Pinet, un AOC  de pur cépage picpoul, qui accompagne très bien les huîtres (forcément de Bouzigues, un produit local).

lundi 13 juin 2016

Festival de Maguelone


Dès la fin mai tous les médias régionaux annoncent les festivals qu'il ne faut pas manquer durant les beaux jours d'été. On peut citer notamment l'excellente Gazette de Montpellier, que nous achetons maintenant chaque jeudi (1,20€) pour connaître tous les spectacles de la semaine à venir, et qui a publié un numéro spécial  qui se veut LE GUIDE des festivals et expos de l'été. Le Midi Libre n'est pas en reste, qui publie un supplément gratuit de 92 pages sur les festivals de l'été.


Nous avions certes repéré dès janvier dernier, lorsque nous avons visité la cathédrale de Maguelone qu'en juin s'y déroulait un festival de musique ancienne. Mais avec toutes nos occupations d'emménagement, nous avions un peu oublié cette échéance, et c'est donc la gazette de Montpellier qui nous l'a remémoré fin mai. Il était d'autant plus urgent de réagir que nous étions le 24 mai, que le premier concert, le plus en vue, était donné le 31 mai, et qu'entre temps nous avions prévu d'aller à Paris pour la fête des mères.


Les réservations sa faisant par téléphone, j'ai donc appelé le magasin "La Boîte à Musique" de Montpellier qui était chargé des réservations.  Pas de miracle, le concert du 31 mai était complet. La tête d'affiche de ce concert était le gambiste Jordi Savall, rendu célèbre par le film "Tous les matins du monde". Jordi Savall est d'ailleurs un habitué du festival de Maguelone où il se rend chaque année, en voisin venu de Catalogne, mais contrairement à certains échos qu'on lit ici ou là, il n'en est pas le directeur artistique ni n'a aucune fonction particulière dans sa programmation. Il ne jouait pas ce soir-là de son instrument fétiche, la viole de gambe, mais d'un instrument à archet médiéval, appelé le rebec, proche de la vièle, ainsi que d'un instrument arabe à 2 cordes appelé le rebab ou aussi râbab.


Quoiqu'il en soit, n'ayant pas eu de place pour Jordi Savall, nous nous sommes reportés un peu au hasard sur un autre concert, celui du 4 juin, intitulé "Visions de Joie", et donné par l'ensemble néerlandais Capella Pratensis, dirigé par le contre-ténor canadien Stratton Bull. C'est un ensemble vocal masculin qui chante ce soir-là des polyphonies de la Renaissance, contemporaines du peintre Jérôme Bosch dont on fête en ce moment le 500 ème anniversaire de la mort.


J'ai réservé 2 places au téléphone à 40 € la place, payées en donnant un numéro de carte de crédit. Il restait alors à retirer les billets, car ici pas d'envoi à domicile ou de possibilité de les imprimer soi-même. On peut naturellement les retirer sur place le soir du concert en arrivant un peu à l'avance, mais il est rassurant d'aller les retirer directement au magasin "La Boîte à Musique", si on a la possibilité de passer à Montpellier.


Cela m'a donné l'occasion de découvrir ce petit magasin situé sur une délicieuse place de Montpellier, au 10, rue du Palais, juste derrière le Palais de Justice, sur une rue parallèle à la rue Foch, qui est un peu les Champs Elysées de Montpellier, d'ailleurs fermées aussi par un arc de triomphe. A ma grande surprise c'est un magasin dédié à la musique classique, et un peu au jazz, qui vend essentiellement des CDs de musique classique. Moi qui croyait que cela ne se trouvait plus, car même à la FNAC, le rayon classique est devenu rachitique, j'ai été agréablement surpris de trouver une telle adresse à Montpellier. Espérons qu'elle résistera encore longtemps au streaming et aux vendeurs internet comme Amazon.

J'y ai donc retiré sans difficulté les 2 places qui avaient été préparées à mon nom.


Une seconde bonne surprise a été de constater que les places sont numérotées. A Paris, les concerts dans les églises sont généralement à placement libre, sans places numérotées, ce qui crée une pression très désagréable de devoir arriver tôt pour ne pas se trouver dans les dernières places ou derrière des piliers où l'on ne voit rien. Combien de fois ai-je pesté dans les bouchons parisiens voyant que je perdais du temps et que j'arriverais donc dans une église où toutes les bonnes places seraient déjà occupées. J'ai en particulier un très mauvais souvenir d'un concert à la Madeleine.


Il nous restait cependant une dernière question de logistique à résoudre: comment se rendre à la cathédrale de Maguelone, dont je rappelle qu'elle est située au milieu de nulle part sur une étroite bande de terre entre la mer et les étangs. Nous aurions pu y aller en vélo, en environ une demi-heure depuis Lattes, mais la perspective d'y aller pour 21 heures et d'y revenir sans doute deux heures plus tard, dans le noir nous a fait abandonner cette idée.


Reste la voiture, mais alors il faudra trouver où la garer. L'accès à la cathédrale de Maguelone peut se faire de deux côtés, soit par l'Est en passant par Palavas-les-Flots, soit par l'Ouest en passant par Villeneuve-lès-Maguelone. Nous avons eu le tort d'opter cette fois pour l'accès par Villeneuve. La route d'accès y est certes très jolie et très bien fléchée. On arrive alors sur un grand parking très proche de la cathédrale. Mais entre le parking et la cathédrale il faut traverser une passerelle, appelée la passerelle du Pilou, et celle-ci était sur le point de fermer au moment où nous sommes arrivés sur le site, un peu avant 20 heures 30. Heureusement que nous avons rencontré l'agent qui était en train de la fermer, car sinon nous aurions garé notre voiture, rejoint la cathédrale par la passerelle encore ouverte, mais à l'issue du concert n'aurions pas pu la récupérer faute de passerelle, et aurions du trouver un moyen de revenir via Palavas récupérer notre voiture à Villeneuve.

A noter que le parking du Pilou à  Villeneuve est facturé 4€ forfaitairement pour la journée, ce qui semble devenir un tarif standard pour stationner dans les sites touristiques.


Nous avons alors repris la voiture pour aller jusqu'à  Palavas, puis pris l'avenue de l’évêché de Maguelone qui mène vers la cathédrale de Maguelone en longeant les plages. Arrivés au niveau d'une grande boîte de nuit (le jour c'est un restaurant et plage privée), appelée le Carré Mer, un panneau de sens interdit barre la route. Comme il y a un grand parking,  le parking du Prévost, il semble naturel de s'y garer et de continuer à pieds. Mais ce serait une erreur, car la route vers la cathédrale est encore longue d'environ 2 km. Or si en saison il y a un petit train qui fait le parcours, celui-ci s'arrête le soir. Après beaucoup d'hésitations, et suivant l'exemple de quelques voitures qui grillent le sens interdit, nous continuons aussi la route et arrivons au niveau de la plage du Pilou où nous accueille un parking dédié aux festivaliers. Il reste alors à gravir quelques centaines de mètres pour arriver jusqu'à la cathédrale.

Moralité: bien étudier le fonctionnement des parkings et des petits trains  ou navettes avant de se rendre à la cathédrale de Maguelone, sachant que c'est différent entre la saison touristique et hors saison, et aussi différent entre le jour et le soir. Et cela peut aussi dépendre des inondations ! La mairie de Villeneuve tente de résumer la situation sur son site web.

Pour ceux qui s'intéressent aux aspects pratiques, signalons que des toilettes sont disponibles sur le côté du CAT des compagnons de Maguelone.


Nos places dans la cathédrale étaient dans la rangée N, donc plutôt vers l'arrière et sous la tribune. J'avais quelques craintes pour l'acoustique, d'autant que j'ai de façon générale des réserves sur les concerts dans les églises qui, hormis pour l'orgue, sont souvent catastrophiques sur le plan acoustique si on n'est pas assis exactement au milieu et dans les rares rangées, où elle est acceptable. Ici sans être irréprochable, elle était raisonnablement bonne, et nous avons pu profiter de ce concert de polyphonies de la Renaissance, d'ailleurs entrecoupées de chants grégoriens.


On a pu apprécier la distribution gratuite du programme du festival, un épais fascicule comprenant des commentaires détaillés et savants sur chacun des spectacles. Je retiens notamment les informations suivantes: Capella Pratensis, signifie la "chapelle des prés", et c'est évidemment une allusion à Josquin des Prés, figure de cette musique des XVème et XVIème siècles, à laquelle se consacre la formation créée en 1987. Les chanteurs tiennent à donner les œuvres dans les conditions qui prévalaient à la Renaissance, c'est pourquoi ils se groupent toujours debout derrière un unique et grand pupitre sur lequel sont placées des partitions en notation musicale de l'époque, sans barre de mesure. L'ensemble composé ce soir-là de 5 chanteurs sur les 8 que compte au total la formation, comprenait deux superius, (donc sopranos), un altus, un ténor et un bassus.



L'essentiel du concert était consacré à une messe de Pierre de la Rue (1450-1518), la Missa Cum iocunditate, composée vers 1505 pour la fête de la nativité de la vierge. Et ce qui justifie la référence à Jérôme Bosch, c'est que  Jérôme Bosch, était membre de "l'illustre confrérie de Notre-Dame" dans la ville flamande de Hertogenbosch, qui a publié les compositions de Pierre de la Rue.  Il est donc probable que Jérôme Bosch avait entendu la messe de Pierre de la Rue, et que Pierre de la Rue avait vu des tableaux de Jérôme Bosch, ce qui peut provoquer des fertilisations croisées.


Je ne commenterais pas davantage la prestation de La Cappella Pratensis, et recommande la lecture du blog d'une lattoise qui raconte notamment la disponibilité et la gentillesse de Straton Bull qui est venu expliquer en fin de concert la notation musicale de cette époque.

Le concert a duré à peine plus d'une heure, avec un bis et sans entracte, mais cela reste une de nos meilleures sorties culturelles depuis six mois: entendre une musique aussi élaborée qu'ancienne, chantée par un excellent ensemble vocal, dans un lieu aussi empreint d'histoire et de mystère  que la cathédrale de Maguelone, être plongé en outre dans l'ambiance d'un festival très relevé de musique classique, est une expérience qui augure bien de notre vie culturelle à Montpellier.


Pour prolonger ces émotions, nous avons d'ailleurs acheté le disque publié le jour même, dans lequel Cappella Pratensis interprète quasiment le programme du concert de ce 4 juin. Ne vous étonnez donc pas d'entendre dans notre villa des polyphonies de la Renaissance !

mardi 7 juin 2016

La ruée des Fadas


A Lattes, l'événement populaire de ce début juin 2016 a été la "ruée des Fadas".


C'est une course de 12 km avec une cinquantaine d'obstacles à franchir, ce qui la fait ressembler davantage à un parcours du combattant qu'à un gentil footing. Et pour corser le tout, car sinon il n'y aurait pas grand chose de fada dans cette ruée, il faut la faire déguisé de la manière la plus loufoque possible. Pour ses promoteurs, c'est donc une grande course d'aventure, un peu comme si chacun avait la possibilité de vivre Koh-Lanta!


Ce samedi 4 juin se tenait la 3ème édition lattoise de cette course. J'avais compris assez vite que c'était une initiative privée et non lancée par les pouvoirs publics, même si bien sûr une telle course ne peut pas s'imaginer sans un minimum de soutien de la municipalité. D'ailleurs on voit sur leur site internet que cette organisation commerciale  reproduit le concept de la ruée des fadas, importé semble-t-il des Etats-Unis, dans différentes villes de France où le même projet tourne. Mais quand j'ai vu le tarif de l'inscription affiché à 55€ par personne, j'ai eu un doute. Qui est-ce qui pouvait bien payer 55€ pour participer à cette ruée, sachant qu'en plus il faut venir avec un certificat médical, ce qui peut occasionner des frais supplémentaires, et se payer un déguisement ?


Eh bien dès 7 h 30 du matin, c'était la grande foule dans les arènes de Lattes et sur le stade qui lui fait face. Et cela n'a pas cessé jusqu'au milieu de l'après-midi. Les participants étaient au nombre de 6.000 selon les organisateurs, et s'élançaient dans cette course par vagues de 250 tous les quarts d'heure depuis 9 h du matin. Certains participants courent avec leur chien, et on appréciera la sollicitude des organisateurs qui les font partir avec la première vague pour que nos amis canins ne souffrent pas trop de la chaleur. Quant à nos amis à 2 pattes, vous me direz qu'ils se sont inscrits pour souffrir...


Ambiance garantie par des orchestres, fanfares, podiums d'animateurs et même un zizi mécanique qu'on peut chevaucher au milieu du stade (sic). Des sponsors proposent toutes sortes de stands avec des tombolas etc...


Nous n'avons pas suivi tout le parcours de la course, mais avons donc vu le départ des arènes, l'arrivée dans le stade avec une piscine de mousse et divers obstacles à escalader et descendre par des équipes épuisées.


Nous sommes aussi allés faire un tour à Port Ariane où nous avons vu des coureurs rajouter une épreuve non prévue: ils sautaient dans l'eau du port à partir d'un petit pont, avec pour les plus acrobatiques un saut périlleux! Chapeau pour ceux qui avaient encore l'énergie de faire cela après 10 km de courses d'obstacles sous le soleil, même si leur objectif était probablement de se rafraîchir.


Au total, on peut témoigner qu'il y avait une sacrée ambiance, une motivation chez les participants et une bonne humeur générale, comme on peut le voir sur les images du Midi Libre


Dans une interview à Midi Libre Jeff Collet, l'un des organisateurs, explique que la course se fait essentiellement par équipes, en moyenne de 5 personnes, soit des équipes familiales, soit des collègues de travail ou d'associations, d'où la bonne ambiance. Seuls les participants dits "Elite" de la première vague sont chronométrés, les autres n'ont pas pour objectif d'autre performance que de finir le parcours ensemble avec toute l'équipe. Toutes les équipes  reçoivent d'ailleurs le même prix. C'est donc plus une manifestation de défoulement collectif qu'une vraie épreuve sportive, et sur ce plan là cela semble plutôt réussi.


La seule ombre au tableau reste donc cet aspect commercial. Certes nous avons appris que le tarif de 55€ ne s’applique qu'aux inscriptions tardives (celles du mois de mai) et que si on s'inscrit suffisamment à l'avance on ne paie que 30€. On peut aussi comprendre que monter 50 obstacles et accueillir 6.000 participants représente un budget conséquent, d'environ 120.000 € selon Jeff Collet. Mais à Paris ou Puteaux, ou même pour la course Montpellier Reine, les courses populaires étaient le plus souvent organisées au profit d’œuvres caritatives, et même dans ce cas l'inscription dépassait rarement 10€.

C'est peut-être pour aller au-devant de ce scrupule, que l'organisateur interviewé explique qu'une partie des bénéfices sera reversée à l'association Action de Lattes, qui gère localement une banque alimentaire, mais sans annoncer quelle partie !


Quant à la ruée des Fadas de 2017 à Lattes, sa date n'est pas encore  fixée, mais les inscriptions sont déjà ouvertes sur internet, et le tarif sera encore 10% plus cher! : 34 € minimum si on s'inscrit avant la fin 2016, et ensuite un tarif croissant jusqu'à 60€ si on s'inscrit après le 1er mai 2017. Avis aux amateurs.

dimanche 8 mai 2016

Basket


Lattes est une ville qui se veut sportive. La municipalité comprend un service des sports actif, des clubs et associations dynamiques et des équipements d'un bon niveau pour une commune de cette taille.

Elle accueille  chaque année en juin une course d'obstacles déjantée de 12 km qui part de l'arène située juste à côté de notre villa, la ruée des fadas, dont la photo ci-dessus donne un avant-goût de ce qui nous attendra le 4 juin prochain, non pas comme participants à cette course, mais comme riverains. Nous attendons pour notre part la prochaine rentrée de septembre pour nous inscrire à des activités sportives régulières.


Mais dès ce printemps, on ne peut pas rater la gloire locale de Lattes qui est son équipe de basket féminine, autrement dite le BLMA, ce qui signifie le club de Basket Lattes Montpellier Agglomération, ou plutôt depuis que l'agglomération de Montpellier est devenue une métropole, le Basket Lattes Montpellier Méditerranée Métropole Association. Sur internet on peut trouver le site web officiel de ce club, ainsi qu'un blog non officiel tenu par des supporters.


L'équipe féminine pro du BLMA, dont les joueuses sont surnommées les gazelles, a un palmarès de tout premier plan dans sa catégorie. Jugez plutôt:  Elles ont remporté la coupe de France de basket féminin en 2011, 2013, 2015 et encore en 2016 où elles viennent de battre Bourges en finale le 1er mai dernier. Elles ont été championnes de France en 2014 dans la Ligue Féminine de basket, ce qui est la compétition de plus haut niveau en France pour ce sport. Seule l'équipe de Bourges qui dominait le basket féminin français depuis une décennie peut se vanter d'un palmarès équivalent.


Tous les regards sont donc aujourd'hui portés sur ce championnat de France 2016, où si elles le remportent, elles réaliseraient en 2016 un doublé historique.  A cette occasion, il faut souligner la particularité de ce championnat. Il comprend d'abord une saison régulière, comme le championnat de football professionnel par exemple, où les 14 équipes de la ligue s'affrontent 2 à 2 deux fois (aller et retour) et marquent des points en fonction des victoires et des défaites.


A l'issue de cette saison régulière 2015/2016, où chaque équipe a donc joué 26 matchs, le BLMA est en tête talonné par Bourges puis par Villeneuve d'Asq et Charleville-Mézières.  Mais cela ne détermine pas encore le champion, car ensuite se jouent les play-offs entre les 4 équipes de tête du championnat régulier. Cela ressemble à un mini-tournoi où se jouent donc directement des demi-finales puis les finales, chaque fois en deux matchs aller et retour, avec  la possibilité de jouer une belle en cas de partage des victoires.


Après avoir battu Charleville-Mézières en match aller des demi-finale des play-off, se jouait vendredi dernier, le 6 mai, à Lattes le match retour de ces demi-finales, toujours contre l'équipe de Charleville-Mézières, dont les joueuses sont les appelées les Flammes Carolo Ardennes. Nous sommes allé voir ce match important pour l'accès en finale.


Nous avons pu, sans difficulté, acheter deux places sur Internet, le jour même, par la billetterie électronique du BLMA au tarif de 11€ la place, ce qui est un tarif réduit pour les habitants de Lattes ou les titulaires du Pass Agglo. Si j'en juge par le tableau des tarifs de la saison 2015/2016, il s'agissait donc d'un match de gala, étant entendu que pour un match normal nous n'aurions payé que 9€. Les billets s'impriment à domicile et correspondent à un tarif unique avec placement libre. On ne comprend donc pas très bien pourquoi au moment d'acheter les billets  il semble demandé de choisir une tribune.


Le match commençant à 19h et le placement étant libre, nous nous sommes rendus au palais des Sports dès 18h. J'avais gardé le souvenir d'un match de basket de la NBA américaine que j'avais vu un jour à Memphis, où les  pom-pom girls, les musiciens divers, ainsi que les buvettes et fast food de toutes sortes donnaient une ambiance de kermesse qui permet de patienter sans problème avant le match.


C'est donc l'occasion de découvrir le Palais des Sports de Lattes, l'un des grands équipements sportifs de notre commune, situé au bord Ouest de Lattes Centre, juste à côté du cimetière.


Après une fouille sommaire et le pointage des billets (sans nous demander de justifier la réduction !) nous entrons dans le hall principal du Palais des Sports, qui à première vue comporte des tribunes d'au moins 800 places encadrant le terrain de basket.


Une partie de la  tribune Ouest est en fait occupée par la presse et les caméras qui vont diffuser le match sur la chaîne TV Ma Chaîne Sport, malheureusement disponible seulement sur CanalSat et Numéricable, mais pas sur les chaînes Free. De l'autre côté, devant la tribune Est, figure une grande table avec les juges de la LFB.


En guise de pom-pom girls et d'animation, il n'y a que quelques papys assis dans la tribune Sud qui battent le rythme sur leurs grosses caisses, ce qui est très fatiguant pour nos oreilles à la longue.


L'un d'eux a mis un costume de kangourou bleu pour chauffer la salle pendant les repos entre les quatre quart-temps du match.

Ils font partie du groupe de supporters appelé les Jumpers, qui occupe donc la tribune Sud la plus proche de l'entrée du public. Avis aux oreilles sensibles: il faut s'asseoir sur le côté opposé ou se munir de bouchons d'oreilles.

A nos places  dans la tribune, nous trouvons chacun deux gourdins gonflables, sponsorisés par le Crédit agricole, qui, frappés ensemble, permettent de faire un  bruit quasi métallique pour ponctuer les belles actions de l'équipe que nous supportons.


Et justement, après avoir été menées dans les premières minutes, les Gazelles de Lattes n'ont laissé aucune chance aux Flammes de Charleville-Mézières et l'ont emporté haut la main par 60 à 41. Et comme à l'aller de ces demi-finales elles avaient déjà gagné par 76 à 52, les voilà qualifiées pour la finale, sans même avoir besoin de jouer une belle.


Félicitations donc aux 9 joueuses qui se sont relayées durant les quatre fois 10 minutes du match (le basket se joue à 5, mais il semble possible de faire tous les remplacements que l'on veut). Comme disait Louis Nicollin, le président du club de foot de Montpellier (je cite): Ces gonzesses, elles ont des c...


Notons que la capitaine de l'équipe est Gaëlle Skrela, la plus âgée des joueuses avec ses 33 ans. C'est la fille de Jean-Claude Skrela, ancien international de rugby de l'équipe de France,  d'ailleurs venu encourager sa fille vendredi dernier. C'est aussi la sœur de David Skrela, qui est actuellement international de rugby à XV.

Sur le terrain, ces filles n'ont pas paru particulièrement grandes pour des joueuses de basket. Pourtant la feuille de match donne leurs tailles qui s'échelonnent de 1,70 m pour la plus petite, Anaël Lardy, jusqu'à 1,91 m pour la plus grande, Naomi Halman. J'ai des nièces qui pourraient  figurer dans une telle équipe.

Enfin, comme pour tout ce qui a une dimension publique à Lattes, il y a toujours des questions financières plus ou moins problématiques. Le club BLMA étant professionnel il doit disposer d'un budget conséquent pour rémunérer ses joueuses, ainsi que son staff technique, notamment l'entraîneur Valéry Demory et son adjoint Guy Prat. Selon la plaquette de présentation  du BLMA à ses partenaires financiers, le budget se montait à 2,1 millions d'euros en 2014.


Il bénéficie naturellement de subventions de tout le mille-feuilles administratif français: la métropole de Montpellier, la ville de Lattes, la région Languedoc Roussillon (mais qu'en sera-t-il de la nouvelle région fusionnée?) et le département de l'Hérault, mais aussi  la ville de Montpellier,  l'Etat à travers le Centre National de Développement du Sport (financé par les paris sportifs), et même la SEM Sud de France, dépendante de la région, qui promeut les produits  de la région, dont surtout le vin du Languedoc, ce qui n'est pourtant pas très compatible avec le sport selon la loi Evin.  Il y a aussi de nombreux sponsors privés qui participent au financement. 

Malgré cela, l'argent manque pour réaliser toutes les ambitions que pourrait avoir ce club. En effet, alors que ses performances le qualifiaient largement pour participer à l'Euroleague de basket féminin qui réunit les meilleurs clubs européens, le BLMA a renoncé à y participer en 2015/2016 en raison des frais supplémentaires qu'auraient occasionnés son inscription, pourtant estimés à seulement 150.000 € selon le président du club, René Combes. Mais pour avoir pris la tête d'un club qui avait 900.000 € de déficit en 2008 et après une expérience pas forcément concluante de participation à l'Euroligue l'année précédente, on comprend que le président fasse souffler un esprit de rigueur sur le BLMA, dans une période où les subventions publiques baissent.


Peut-être que l'exceptionnelle saison - dont l'apothéose pourrait être prochaine si le BLMA bat en finale sa grande rivale Bourges - apportera quelques financements supplémentaires de la part des sponsors. Cela permettrait à l'équipe féminine par exemple d'essayer de venger l'équipe masculine de Strasbourg qui a été battue il y a quelques jours par les Turcs de Galatasaray en finale  de la ligue européenne.